Il y a des semaines plus légères que d’autres… Ce fut le cas de ma semaine écoulée où les moments charnières furent hors temps et hors cadre d’une actualité politique et sociale pourtant particulièrement chargée et turbulente à juste raison. Ce furent notamment des instants de traduction, ou d’aboutissement, d’une politique culturelle audacieuse, celle d’ une petite ville provinciale qui assume son statut mais milite pour liberté d’entreprendre en la matière, faisant siennes les paroles de Malraux « La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert ».
Mardi soir, l’inauguration du Liburnia, le théâtre municipal de Libourne, fut d’abord l'opportunité renouvelée d’un discours de Gilbert Mitterrand allègre mais caustique pour l’Etat et sa politique d’aménagement du territoire culturel puisque, faut-il le rappeler, cet équipement n’a fait l’objet d’aucune participation financière de sa part malgré des promesses maintes fois réitérées, n’en déplaise au député du coin. Ce fut ensuite l’occasion d’assister à une pièce de théâtre de boulevard, « Lune de miel », pièce populaire sans prétention si ce n’est celle de mettre en scène le couple pétrit de talent et tellement pétillant, Pierre Arditi - Evelyne Bouix. La culture, ce n’est pas forcément un exercice ni intellectuel, ni pénible ni élitiste… a simplement rappelé P. Arditi dans une intervention spontanée; c’était un petit bonheur simple…
Vendredi, autre plaisir, autre moment privilégié, cinématographique celui-ci… J’ai assisté à l’une des premières projections privées du film « les irréductibles » tourné à Libourne au printemps de l’an dernier. Toute chose égale par ailleurs, j’avais – je crois - beaucoup contribué à accueillir ce tournage dans notre bastide girondine par le truchement de ma double fonction, celle de conseiller régional, puisque ce film est soutenu financièrement par la Région Aquitaine, et celle de directeur de cabinet qui m’a autorisée à négocier, au nom de Gilbert Mitterrand, les conditions de cette réalisation en optimisant notamment les retombées économiques pour le territoire ( environ 3000 nuitées d’hôtel par exemple). Ainsi, moyennant un tournage quasiment exclusif dans le Libournais, la commune avait accepté d’héberger les bureaux de production et de régie, de mettre à leur disposition plusieurs bâtiments municipaux – l’immeuble Robin par exemple- pour les décors, d’offrir l’intervention de nos services techniques ou de la police municipale pour sécuriser le tournage… Bref, partenaires dans la construction de ce long métrage, la production nous renvoie aujourd’hui l’ascenseur en nous proposant d’organiser l’avant-première nationale à Libourne, probablement courant mai, le film devant sortir en salles le 14 juin. Comédie sensible, magistralement interprétée par jacques Gamblin et Kad Mérad entre autres, « les Irréductibles » seront à n’en pas douter l’un des beaux succès du cinéma français en 2006. Ira ou n’ira pas à Cannes ?… c’est une question qui semble se poser légitimement pour les organisateurs du festival qui ont aimé le film. Quoi qu’il en soit Libourne est mise en image par le prisme d’une caméra bienveillante, celle du jeune réalisateur Renaud Bertrand, et ça c’est aussi très beau… Quant au scénario, il est d’une actualité criante ; c’est l’histoire d’une bataille pour le droit au travail, pour le respect de la classe ouvrière, pour le droit au rebond dans tous les secteurs de la vie, professionnel ou familial. C’est une histoire optimiste qui offre à croire que les batailles menées avec sincérité et courage sont les seules qui vaillent car, parfois, on les gagne ou on entretient l’espoir de les gagner ce qui est déjà une victoire…, le pire n’étant jamais certain ! Et puis, l’irréductible, c’est celui qui ne fléchit pas, qui ne transige pas. C’est de cette trempe dont on se revendiquait, samedi, dans les cortèges à l'encontre du C.P.E. C'était en quelque sorte aussi du théâtre de boulevards, populaire, optimiste et beau….
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