1er janvier, marché de Libourne, un maire de droite d’une petite commune viticole des satellites de St Emilion, réputé pour son conservatisme bon teint, vient me confier, moi élu de gauche patenté, tout le mal qu’il pense de la gestion de la crise viticole par nos actuels dirigeants. L’histoire est anecdote sauf qu’elle illustre un mouvement plus profond dans les arrières pays girondins.
En effet, il n’est plus rare, lors des traditionnelles cérémonies de vœux du mois de janvier, que des maires d’obédience libérale rejoignent les viticulteurs, rarement gauchistes eux-même, dans le combat, de plus en plus hostile, qu’ils mènent directement à l’encontre de ce Gouvernement et de ce Parlement, et cela après des années d’arguties spécieuses contre la Loi Evin – pourtant le vin ne s’est jamais aussi bien vendu qu ’entre 1980 et 2000, sans aucune gène de la part de cette loi, bien au contraire, mais c’est un autre débat-. Si, depuis fort longtemps, dans le secret de conversations informelles, la colère grondait, aujourd’hui elle ose s’exprimer à terrain découvert ne supportant plus la duplicité du Gouvernement qui, sur le terrain flatte son électorat agricole, mais agite dans le même temps à Paris, sans retenue, les vertus de l’abstinence totale de consommation d’alcool, sans distinguer les produits donc sans singulariser le vin. Il serait bien entendu injuste de considérer que seule cette majorité est responsable de cette crise même si la consommation de vin a considérablement chuté depuis son arrivée aux affaires. Non, les viticulteurs eux-mêmes, et notamment leurs représentants socio-professionnels, ont pêché gravement par arrogance, par querelles internes opposant les sous-appellations d’une même région viticole, et surtout par une outrageuse inflation des prix dans les années 2000.
Il faut cependant quand même avouer qu’une nouvelle étape vient d’être allègrement franchie avec le rapport Chabalier intitulé « Alcoolisme : le parler vrai, le parler simple » et remis dernièrement au ministre de la santé, à coup de grande communication médiatique forcément orchestrée.
Un rapide rappel s’impose : Mr Chabalier, ancien journaliste, est aussi un ancien alcoolique qui s’en est courageusement sorti au prix d’une abstinence totale. Cette expérience mérite naturellement notre salut voire notre compassion. Mais de là à faire de Mr Chabalier le grand expert de la prévention alcoolique, il y a un pas que le ministre de la Santé vient pourtant de franchir. Car naturellement, les préconisations sont claires : L’alcool, donc le vin, sont nuisibles pour la santé, sans distinction de produits, sans distinction de comportements ! Un seul mot d’ordre guide l’action : Faire peur et réprimer ! Le lobby anti-alcoolique est à nouveau installé dans les ministères, les manœuvres prohibitionnistes s’accélèrent et la croisade morale s’organise en lieu et place d’une vraie politique de santé publique….
Non, chers amis viticulteurs, votez à droite si bon vous semble, mais franchement Chirac – qui est venu à St Emilion en 2001 accompagné de ses packs de bière d’amérique latine ( véridique !)…-, Sarkozy, Douste-Blazy et consort ne sont décidément pas les ambassadeurs que méritent vos produits. Et, dans vos expressions objectives, souvenez-vous du bon temps de l’ère Evin, où le vin se vendait à flot et à prix d’or…



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