C’est à nouveau l’heure du mercato au sein du Parti Socialiste. Les écuries présidentielles se structurent sur fond de transferts plus ou moins négociés préalablement.
Il faut dire que depuis plusieurs mois les médias campent dans les instituts de sondages non pas pour apprécier les éventuels programmes des partis politiques mais pour désigner celui qui devrait faire l’objet de la désignation par les militants en novembre prochain. Ce seront naturellement ces mêmes médias, et souvent les mêmes journalistes, qui feront demain le procès moralisateur des politiques et de leurs absences d’idées… Pourtant, depuis plusieurs semaines, le PS organise chaque week-end de grandes rencontres décentralisées de concertation ; Ces « Etats Généraux » thématiques – le prochain est organisé ce samedi 6 mai au Palais des Congrès de Bordeaux sur les thème « croissance, emploi, démocratie sociale » - sont pourtant sensés affiner nos propositions présidentielles sur les sujets majeurs de notre société et je regrette, au passage, qu’ils ne fassent l’objet d’un traitement médiatique significatif, au moins identique à celui réservé aux spéculations conjoncturelles sur cette question fondamentale « mais qui sera donc le candidat socialiste ?».
Cela étant dit, Ségolène Royal a le vent en poupe et cela semble suffire à rasséréner la gauche sur ses espoirs de gagner en 2007. J’avoue moi-même vouloir croire en ce présage et j’assume donc sans gêne la « faiblesse » de ne pas être agacé par la côte de popularité de Ségolène. Cela ne m’est d’ailleurs pas difficile puisque je n’ai absolument aucun état d’âme, aucune amertume, vis à vis d’elle, et, si j’en avais, il serait un peu grotesque que cette petite aversion s’assoie uniquement sur le constat jalousé qu’elle personnalise aujourd’hui l’espérance populaire de l’alternance à gauche.
Cependant, tout en affichant cet état d’esprit en rien anti-Ségolène, je demeure fidèle à Laurent Fabius et à sa candidature avec une vraie conviction. En cela, je ne m’inscris pas en adversaire vis à vis des autres candidats socialistes annoncés ou sous le boisseau mais je veux résolument porter le choix de la désignation sur le terrain des idées politiques et ne pas me satisfaire de la « peopolisation » de la gentry politique. Ce débat interne doit être assumé sans turpitude, sans coups bas, sans lâcheté. Il doit avoir lieu le plus rapidement possible, dès la fin de nos Etats Généraux, c’est à dire courant juin.
Car, dans cette période de fin de mandat et, bien probablement, de fin de 5ème République, le calendrier politique me paraît bien instable. Après l’épisode du C.P.E, les barbouzeries de l’affaire Clairstream sont un coup de boutoir quasiment fatal porté dans les reins du trium vira au pouvoir Chirac-Villepin-Sarkozy. Mai 2008 est encore loin et Jacques Chirac aura bien du mal à résister sans prendre d’initiative. Un relent gaulliste pourrait le faire démissionner surtout si cette accélération du calendrier présidentiel était susceptible de nuire à la candidature de son ministre de l’Intérieur. Dans cette hypothèse qui, si elle n’est pour l’instant pas privilégiée, n’est cependant pas à exclure, le PS doit pouvoir répondre par une préparation accélérée et des rangs resserrés à l’automne. Pour cela, l’heure n’est plus aux postures mais aux échanges d’idées et de propositions. Bronzer ce printemps au pinacle des sondages ne suffira pas à gagner l’élection dans un an et on est en droit d’attendre de la part de Ségolène Royal autre chose que des séances photos pour des Unes esthétiques mais relativement superficielles. Mais, de la part de ses concurrents, s’ingénier à ternir la personnalité de celle que l’on jalouse, sans non plus parler du fond, ne peut qu’engendrer l’effet exactement inverse à celui recherché tant les Français en ont marre d’une classe politique plus prompte à gérer ses prébendes qu’à porter de véritables ambitions pour la nation. A choisir, ils sanctionneront les « anciens » sans autre forme de procès.
Ainsi, plus le mouvement « tout sauf Ségo » va s’organiser sur les thématiques perfides « elle manque d’expérience » ou « elle n’est pas à la hauteur de la fonction présidentielle », plus elle héritera sans rien faire d’un courant de sympathie profond auprès des électeurs, en ratissant large et profond. Il est d’ailleurs à noter que, contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer, les positions des uns ou des autres au référendum européen ne structure pas tant que cela la classe politique aujourd’hui. En effet, les premiers ralliements « ségolénistes » notables en Aquitaine sont à mettre à l’actif de cadre du NPS ou d’ Emmanuellistes pourtant farouchement défenseur du NON il y a un an.
Dans ce concert, Laurent Fabius doit poursuivre son œuvre de propositions. Cette semaine par exemple, il a présenté une partie de la politique qu’il souhaiterait voir mise en œuvre en matière d’immigration, sujet dont on dit qu’il sera central lors des présidentielles. Pas de chance, peu de micros et de caméras pour l’entendre. Les journalistes étaient surtout présents à Bruxelles pour immortaliser la rencontre entre Ségolène Royal et le Président de la Commission Barroso. Il ne s’est pourtant rien dit ( sauf sur la gestion des fonds européens, sujet sérieux et essentiel notamment pour les Régions mais bon…), mais il y avait de l’image. Pour le son, ça devrait venir…


