La photo sera médiatique, observée et commentée. Ségolène Royal sera reçue, vendredi prochain, par Gilbert Mitterrand dans son bureau de l’hôtel de ville de Libourne avant d’assister ensemble au match de football de ligue 2 Libourne-St-Seurin/ Niort. Supportrice légitime de cette dernière équipe en tant que présidente de la région Poitou/Charentes, il n’en demeure pas moins que ce déplacement revêt un caractère politique dans la course à l’investiture à laquelle se livrent les « présidentiables » socialistes.
J’imagine que Gilbert Mitterrand aura l’occasion de dire dans quel état d’esprit il accueille Ségolène. C’est avant tout la rencontre de deux vrais amis, sans l’ombre d’une anicroche au cours de ces dernières années. En écrivant cela, je veux notamment constater que Ségolène Royal, comme François Hollande d’ailleurs, n’ont jamais aboyé avec les loups-procureurs de la fin des années Mitterrand, lorsqu’il était de bon ton de le faire entre 1997 et 2002 par exemple… Au contraire, je suis témoin de quelques signes sympathiques de sa part, et ils étaient fort peu nombreux à en transmettre, dans une période difficile à vivre pour les proches de l’ancien Président.
Pourtant, il ne s’agira certainement pas d’une démarche de ralliement. Gilbert a reçu, ici, à Libourne, deux fois Laurent Fabius en quelques mois, et il devrait lui garder tout comme moi, en l’état des débats, sa préférence.
Mais cela étant dit, Ségolène s’affirmant plus que jamais dans les pas de François Mitterrand, cette rencontre n’est pas contre-nature. Elle illustre une proximité affective, dans la pensée et dans les actes.
En outre, la fidélité à Laurent Fabius ne doit pas se traduire dans mon esprit par un réflexe anti-Ségolène aussi indigne qu’injuste. Aujourd’hui, elle est en situation d’être candidate à la candidature. C’est un fait ! Et c’est un fait qui ne déshonore notre parti politique, bien au contraire. Ceux qui le pensent développent un complexe de supériorité qu’ils devraient vite corriger. Car probablement qu’au filtre de leurs propres critères, Nicolas Sarkozy est également inapte à la fonction suprême. Et pourtant, qui peut aujourd’hui prétendre sérieusement qu’il ne gagnera pas, même encombré de son profil instable et démagogique.
Le chemin est long jusqu’à la désignation des candidats et je veux croire que le débat d’idées aura largement sa place dans ce processus. Mais attention, l’éviction de tel ou tel(le) ne devra pas se faire uniquement sur un critère générationnel, sur le curriculum-vitae du postulant, ou sur l’âge du capitaine, par des jeux d’appareil qui consisteraient à fédérer un front de frères-ennemis anti-Fabius, anti-Royal ou anti-ce-qu’on-voudra. Les français attendent des partis politiques un diagnostic et des remèdes en phase avec la réalité de leur vie quotidienne et de leurs problèmes. Aujourd’hui, nous ne gagnerons pas les présidentielles ou les législatives avec les mêmes méthodes qu’en 1981. L’heure est au changement- certains appellent cela la rupture…- dans le fond et dans la forme. C’est vrai en France – souvenons-nous du référendum de mai 2005 où tous les partis dits « de gouvernement » appelaient à voter Oui et où 56% des français ont voté exactement le contraire- et c’est vrai partout à travers le monde.
Bref, je me résume. Je voterai et je ferai campagne pour Laurent Fabius mais pour autant Ségolène ne fait certainement pas honte à la vision que je me fais de la politique et elle n’est pas opposée à l’image qui est la mienne d’un président français, moderne, rassembleur et installé dans son temps.
Enfin, pour aborder le vrai enjeu local de la soirée de vendredi prochain, il faudra surtout battre Niort pour confirmer le retour en forme de notre équipe Libournaise et prendre l’élan d’une saison sereine. Le mois de mai 2007 sera probablement excitant et exaltant, les points gagnés vendredi soir seront importants pour le classement en fin de championnat…


