En décembre 2004, deux infirmières étaient sauvagement assassinées au centre psychiatrique de Pau. Aujourd'hui, France Inter ouvre ses ondes pour réfléchir aux difficultés de la psychiatrie en France. A cette occasion, j'ai eu envie de vous livrer mon intervention prononcée en ouverture d'un colloque, en septembre 2005 à l'hôpital psychiatrique de Garderose à Libourne, sur le thème "Quel Avenir pour la Psychiatrie de secteur ?".
" Mesdames, Messieurs, Monsieur le directeur de l’hôpital,
Cher François Castandet,
Il me revient au nom du Conseil d’administration du centre hospitalier de Libourne de vous accueillir ce matin en ouverture de cette journée de formation consacrée à « Quel avenir pour la psychiatrie de secteur » ; je vous souhaite donc la bienvenue et vous remercie, d’une part de votre invitation, d’autre part de cette initiative qui revêt une opportunité criante au moment où les hôpitaux psychiatriques et leurs difficultés ont souvent été mis en exergue dans les médias durant cet été. Je veux avant toute chose excuser l’absence de Gilbert Mitterrand, Président de ce conseil d’administration, et maire de Libourne, retenu hors de Gironde mais qui suit précisément les problématiques de santé– je rappelle qu’il a été rapporteur parlementaire de très nombreuses années du budget de la santé -, des problématiques de la psychiatrie en particulier puisqu’il ne vous a pas échappé que Libourne jouait un rôle important dans l’organisation de la carte de soins psychiatriques du Nord-Est Aquitain.
En ouverture de vos travaux, je me garderai bien d’aborder avec précision l’ensemble de la problématique qui nous réunit ce matin tant il appartient avant tout aux professionnels que vous êtes de nous éclairer sur l’évolution que vous appelez de vos vœux pour réhabiliter rapidement le secteur psychiatrique. Néanmoins, je veux quand même rapidement flécher quelques considérations qui interpellent l’élu et le responsable politique que je suis, voire même- dans le cadre de mes fonctions professionnelles - le collaborateur du maire de Libourne qui parfois doit gérer une certaine interface entre l’hôpital de Garderose, ses patients et les autres citoyens libournais .
Le plan de santé mentale présenté au début de l’année par le Gouvernement, semble enfin être à la hauteur , au moins dans ses intentions, des grandes difficultés auxquelles se trouve confrontée la psychiatrie puisqu’il a le mérite de reconnaître l’étendue des dégats, à commencer par deux constats qui s’imposaient :
Des conditions d’accueil en hospitalisation trop souvent déplorables en raison d’un immobilier hospitalier délabré
Et une grande insuffisance démographique des praticiens psychiatriques
Alors même que la société génère toujours plus de troubles mentaux puisqu’aujourd’hui plus d’1 millions d’adultes et près de 400 000 enfants sont suivis annuellement par les équipes de psychiatrie publique, il faut investir massivement et sans attendre dans une véritable politique de santé mentale. L’évolution des attentes des patients, la multiplication des troubles et l’augmentation des personnes concernées imposent effectivement de repenser complètement cette politique et probablement la réorganisation de son dispositif dans le but d’améliorer l’accessibilité et la prise en charge dans le cadre d’un parcours de soins rénové. Mais, encore une fois, cette analyse, aussi partagée soit-elle, n’aura d’intérêt que si elle s’accompagne de véritables moyens humains et financiers pour sa mise en œuvre. Et, même s’il ne m’appartient pas aujourd’hui de polémiquer, il serait détestable qu’au grès des événements tragiques qui ont émaillés l’actualité ces derniers mois- et je veux naturellement avoir une pensée émue pour les événements récents de Pau – le ministre de la santé vienne annoncer une accélération de la mise en place du Plan Santé mentale mais que rien ne se passe effectivement sur le terrain.
En ce domaine tout particulier, il faut sortir des effets d’annonce incantatoires, sortir des effets de manche émotionnels suite à des drames trop prévisibles, et donner enfin les moyens aux hôpitaux psychiatriques de fonctionner dignement, pour les malades comme pour les praticiens et leurs équipes. Il faut d’abord compenser sans attendre la chute démographique des praticiens psychiatriques en augmentant le nombre d’internes et en améliorant surtout l’attractivité de ces carrières hospitalières spécifiques. Mais au-delà de ces considérations proprement budgétaires, nous devons aussi ensemble – c’est à dire vous les professionnels de la psychiatrie, nous les élus locaux ou nationaux, les associations de parents et de patients – mieux apprendre à nous connaître et mieux réfléchir sur la psychiatrie que nous voulons et son insertion dans la société.
Depuis quelques temps nous sommes face à une dérive sécuritaire qui touche tous les secteurs de la société ; c’est même un fond de commerce électoral très opportuniste pour quelques-uns. Après des années de travail acharné pour fermer les asiles et construire une psychiatrie de secteur, pour travailler sur des alternatives à l’hospitalisation, nous voilà me semble-t-il revenu à des principes de renfermement. Cacher ce fou que je ne saurais voir … et tout le monde est content et vit mieux. Ce n’est pas un projet digne d’une société moderne !
Alors, vous allez, au long de cette journée, vous confronter à une équation difficile : Fuite des personnels, augmentation du nombre des hospitalisations sous contrainte, délais inadmissibles dans la prise en charge, désarroi des familles contraintes de jouer les garde-malade à domicile, pression des élus afin que la psychiatrie régule l’ordre public… Et à chaque fois au bout viendra inéluctablement la question des moyens et des priorités gouvernementales. Certes il faut sécuriser les hôpitaux psychiatriques, certes il faut améliorer les infrastructures mais, dans le même temps, il faut aussi donner des moyens aux DASS et aux ARH de créer des structures alternatives à l’asile, il faut des hôpitaux de jours et développer les soins ambulatoires, il faut améliorer l’articulation entre la psychiatrie publique et la psychiatrie libérale et ne pas se contenter de lui laisser la gestion lucrative de l’activité des soins ambulatoires, il faut aussi développer sans attendre la pédopsychiatrie, en grande souffrance notamment dans le libournais, améliorer la prise en charge de la psychiatrie dans le milieu carcéral... Il faut enfin un meilleur travail en commun avec les généralistes, les centres sociaux comme les CCAS ou les CMS, et intégrer les élus dans la coordinations des services à offrir à la population.
Et, me semble-t-il, les pouvoirs publics doivent investir massivement dans la prévention – c’est le cas ici par exemple avec Caplib- et aller jusqu’au bout de la sectorisation qui évite l’éloignement, la stigmatisation, et la déresponsabilisation tant pour les malades que pour ceux qui les soignent.
Nous sommes face à un challenge qui ne peut se régler uniquement à coup d’annonce sécuritaire et de mise à l’écart des malades du reste de la société. Cette même société qui souffre beaucoup et de plus en plus et qui génère donc le risque, pour chacun d’entre-nous, d’ être un jour concerné par cet isolement, qu’il s’agisse de nous ou d’un proche .
Alors, nous devons mobiliser et mutualiser nos énergies, chacun à son niveau. C’est par exemple le cas – je crois- lorsque la Ville de Libourne met à disposition un vaste terrain adossé à cet hôpital pour y construire des structures d’accueil de jour pour différentes pathologies psychiatriques ( Alzaimer, autisme, ..). c’est d’autant plus un effort que vous êtes dans une commune où le foncier est très rare, donc très cher.. où les charges de la ville sont importantes au regard de sa démographie et de son rôle de centralité dans l’aménagement du territoire libournais, rôle auquel contribue largement d’ailleurs cet énorme hôpital. C’est donc un choix politique qu’est celui de la ville de Libourne et ce n’est sûrement pas ni celui de la facilité ni celui de ses intérêts financiers. C’est par contre celui d’une certaine vision de la société , c’est un choix qui assume les différences de nos concitoyens et qui cherche à alléger les souffrances des patients et des aidants par une gestion humaniste du problème. L’hébergement des personnes en situation de handicap, des personnes âgées, des personnes souffrant d’autisme ne nous semble pas, dans la plupart des cas, devoir relever directement des services de psychiatrie.
Voilà les quelques réflexions que je souhaitais vous transmettre en préambule à cette journée ; j’espère ne pas être allé trop à contre-courant de vos travaux . Quoi qu’il en soit, la création d’un vrai service public de psychiatrie et de santé mentale, équitable, de proximité, accessible et performant, intégré dans une politique ambitieuse de santé publique mérite une mobilisation générale. Je vous remercie.
On commence à entrer dans le vif des campagnes électorales. La cadence s’accélère, les équipes s’organisent, une logistique se met en place, les camps s’observent…
Je souhaite faire une campagne de proximité axée autour de petites réunions publiques de village comme ce fut le cas vendredi soir à Sainte-Terre. L’échange y est direct, concret.
La semaine avait commencé par la venue de Nelly Olin, Ministre de l’environnement. Cette visite m’a laissé une impression bizarre ; Mme Olin s’est rendue d’abord près de la décharge de pneus d’Espiet en promettant la réhabilitation de ce site avant deux mois. Bonne nouvelle ! Sauf que Mme la Ministre a aussitôt expliqué que l’Etat ne mettrait pas un centime dans cette opération de nettoiement, que celle-ci serait prise en charge par le Groupe d’Intérêt Economique « Aliapur » dont les financements émanent des principaux manufacturiers de pneumatiques. Bonne nouvelle donc, mais pourquoi un ministre annonce à grand renfort de presse une échéance qui ne dépend pas à proprement parler de son budget. C’est spécial, mais encore une fois, soyons beau joueur et acceptons cette promesse sans autre procès d’intention.
La seconde étape de la visite de Nelly Olin était consacrée à l’inauguration de la station de traitement des effluents viticoles de St Christophe des Bardes, près de St Emilion. Le financement de cet équipement remarquable a fait appel à l’agence de l’eau, au Conseil Général et au Conseil Régional, rien à priori de la part de l’Etat. Là encore, visite ministérielle oblige, non seulement Mme Olin a procédé aux rituels inauguraux classiques mais il a fallu faire des pieds et des mains pour que les institutions qui ont, elles, financé cette station aient voix au chapitre. Pour tout vous dire, la Ministre n’y est pour rien. Par contre, ceux qui plaident des subventions auprès de la Région ( en l’occurrence 260 000 euros !!) pour ensuite avoir l’outrecuidance de leur adresser un bras d’honneur méprisant lors de l’inauguration méritent que l’on s’en souvienne. Même en campagne électorale, il faut quand même un peu de savoir vivre et de reconnaissance.
Après cette journée très médiatique, entouré « d’amis » dont la couleur politique était très monocolore et ce n’était pas le rose, j’ai organisé une semaine de visites sur le terrain : entrevues avec une dizaine de conseils municipaux, visite de la cave coopérative de Périssac dans le canton de Fronsac pour parler de la réforme des agréments, le marché de Ste Foy la Grande, pour terminer dimanche par la fête du cochon à Listrac de Durèze.
C’est lors de ces rencontres que l’on sent un territoire, que l’on mesure l’état de ses richesses comme de ses faiblesses. J’aime ces moments de campagne qui sont aussi l’occasion de renouer le lien de confiance avec nos concitoyens. Et je crois finalement que la réforme démocratique appelée de nos vœux doit se traduire par des actes aussi simples, c’est s’inscrire dans une démarche permanente d’écoute, pour parler juste et ensuite pour agir juste.
Il y a eu jusqu’à présent tellement de discours et si peu d’actes en liaison avec ces discours. Et je ne vise pas explicitement la visite de Nelly Olin…


