Les associations libournaises sont, semble-t-il, à la fête. Depuis quelques semaines, nombre d’entres-elles sont approchées par leur député qui propose de leur obtenir quelques subsides financiers par le biais de la procédure mal connue de la « réserve parlementaire ». Je ne conteste pas cette démarche et j’encourage même ces associations à profiter de cette aubaine.
En tant qu’ancien attaché parlementaire, je connais bien ce dispositif pour avoir moi-même géré en partie la réserve de Gilbert Mitterrand durant 5 années. Cette manne républicaine est un pouvoir de subvention donné aux parlementaires de manière relativement discrétionnaire par le Président de la commission des finances de l’Assemblée. En clair, les parlementaires votent le montant d’une enveloppe globale, environ 90 millions d’euros pour l’Assemblée Nationale et 55 millions d’euros pour le Sénat, mais la répartition de cette manne échappe à leurs contrôles de sorte que personne ne connaît le montant de la « réserve » de ses autres collègues. Des critères empiriques existent : la majorité s’octroie une part importante du gâteau, ce qui est de bonne guerre, mais le critère de l’étiquette politique n’est pas la seule, loin s’en faut. En effet, l’ancienneté dans le mandat, les responsabilités de l’élu au sein des commissions parlementaires sont autant de critères pris en compte dans l’octroi de leur enveloppe personnelle.
Ce bas de laine permet donc au parlementaire d’aider les communes et les associations de sa circonscription par une démarche administrative relativement simplifiée – il faut bien sûr motiver la demande de subventions en ciblant un projet précis, fournir les statuts et un budget prévisionnel de fonctionnement-, le dossier ainsi constitué devant recevoir ensuite l’imprimatur du Président de la Commission des finances avant d’être transmis pour arrêté d’attribution au Ministère concerné.
C’est donc une « poire pour la soif » qui vient donner des coups de pouce forts utiles pour des projets en mal de financements.
Bien entendu, contrairement à ce que certains pensent ou laissent penser, il ne s’agit en aucun cas des fonds propres du parlementaire.
Cette procédure permet donc à chaque député d’aider les associations ou les communes à sa discrétion ; il sait précisément de combien il dispose et peut donc partager sa réserve selon sa propre appréciation.
Il ne devrait donc y avoir de fausses promesses du genre « je vais tenter de vous obtenir tel montant de subventions… » puis, quelques semaines plus tard « ah, désolé, le ministère n’a plus de crédits… ».
Loin de moi de vouloir m’enfermer dans un procès d’intention à l’attention de notre député local, mais, en cette année pré-électorale, il me revient beaucoup de promesses effectuées auprès du milieu associatif libournais, et je veux espérer que celles-ci ne constituent pas une agitation de façade. Le montant des promesses doit être compatible avec le montant de la cagnotte.. Et selon l’adage, qui trop embrasse mal étreint…
S’il y a un projet aquitain à défendre becs et ongles, avec la puissance des muscles mêlés de toutes les forces politiques, économiques et citoyennes de notre région, c’est bien le projet de ligne TGV entre Bordeaux et l’Espagne. Faire de l’Aquitaine une euro-région qui jouera pleinement son rôle de trait d’union entre la péninsule ibérique et le reste du continent, voilà l’enjeu de notre mobilisation. En 2016, Bordeaux sera enfin relié à la capitale française par une voie TGV et nous serons alors à 2 heures de Paris. Dans le même temps, les espagnols auront eux aussi réalisé un tronçon de ligne à grande vitesse entre Irun, Vitoria et Bilbao ( ce qu’il est convenu d’appelé l’Y basque). Il serait donc absurde de ne pas vouloir relier ces deux infrastructures en prolongeant d’une part la ligne à grande vitesse Bordeaux/Paris jusqu’au pays basque et, du côté espagnol, en prolongeant la ligne de Vitoria jusqu’à Madrid mettant ainsi la capitale espagnole à 4 heures seulement de Bordeaux.
Au cours des cinquante dernières années, la capitale girondine a perdu beaucoup de batailles en matière d’aménagement du territoire comme en matière de développement économique. Parfois par prétention, souvent par maladresse, les dossiers bordelais ont souffert d’être supportés à Paris, auprès des ministères, par des élus trop enclins à se tailler des croupières dans leur jardin politique local quand au contraire l’unité, même de façade, était seule garante d’un espoir de réussite.
Toulouse, la conurbation Bayonne-Anglet-Biarritz-san Sébastien ( plus d’1 million d’habitants), La Rochelle, ont conquis de formidables infrastructures quand, dans la même période, les bordelais atermoyaient en se regardant le nombril qu’ils pensaient, à tord, très attrayant. La décentralisation a été un formidable outil d’émancipation et de compétition entre les régions. Désormais, il ne suffit plus d’exister dans les salons parisiens, de connaître tel ou tel ministre ou 1er ministre, pour emporter la décision de l’Etat. Non, l’homme fort est celui qui porte un bon dossier soutenu par une dynamique territoriale unitaire et solide.
Nous sommes donc aujourd’hui engagés dans une compétition difficile, celle de défendre ce dossier d’une ligne ferroviaire à grande vitesse transeuropéenne Paris/Bordeaux/Irun/Madrid. Mais la concurrence sera sévère tant les régions sont nombreuses à postuler pour obtenir leur raccordement au maillage TGV.
Depuis le 30 août, un grand débat public s’est ouvert pour faire connaître et pour faire comprendre ce projet ferroviaire aquitain. Il doit permettre une large concertation autour des différentes options proposées en matière de tracés notamment. Il s’achèvera le 29 décembre 2006. A la lumière des contributions aquitaines, ce projet sera poursuivi, amendé ou simplement abandonné.
L’heure est à la mobilisation ! A la mobilisation pour défendre un projet, un projet qui bien sûr améliorera les temps de parcours des voyageurs entre Bordeaux et l’Espagne, mais pas seulement. C’est aussi un projet qui, s'il voit le jour à une échéance prévue autour de 2020, permettra entre autre de transférer une grande partie du fret international de la route vers le fer et de libérer l’Aquitaine de son mur de camions infernale, il permettra en outre, de manière collatérale, d’améliorer substantiellement les dessertes des Trains Express Régionaux, il permettra enfin, et surtout, à l’Aquitaine de garder confiance en son avenir.
Libourne et le Libournais doivent être solidaires de ce combat. Car si demain Bordeaux est un cul-de-sac ferroviaire, alors nul doute que nous serons ensemble enlisés durablement.
www.debatpublic-projetferroviaire-bordeaux-Espagne.org





