14 mars prochain à 20h45 : Pierre Arditi et Evelyne Bouix seront à l’affiche du théâtre de Libourne, appelé théâtre « Le Liburnia », pour une représentation de Lunes de miel , une pièce qui raconte l’histoire tumultueuse de deux amants qui ne peuvent ni vivre ensemble, ni vivre séparés.. C’est ainsi que ce théâtre municipal entièrement rénové sera inauguré ce jour là. Cette manifestation s’annonce enjouée et populaire, peu comparable au prestige voulu lors de l’inauguration du théâtre d’Arcachon voici 15 jours. Il faut dire qu’il y aura au moins un absent de marque à Libourne : Mr Donnedieu de Vabre, Ministre de la Culture, et pour cause, il n’est pas invité ! Oh, n’y voyez surtout pas – et c’est vrai – d’ostracisme politique ; ce serait relativement mal venu puisque c’est lui qui représentait le Gouvernement à la commémoration des 10 ans de la disparition de François Mitterrand à Jarnac. C’est d’ailleurs, à l’occasion de cette rencontre peu prévue à cet effet, que Gilbert Mitterrand l’a saisi à nouveau d’une ultime et désespérée sollicitation de la ville de Libourne demandant une participation financière de l’Etat à la réhabilitation du Liburnia - de la même manière que l’Etat a su contribuer au financement de la réfection du théâtre d’Arcachon. Et la réponse, à l’heure où je vous écris, reste négative. L’émotion de Jarnac n’a pas fait flancher le Ministre. Alors, si je n’ai pas ici l’intention d’engager une polémique politicienne – avec le prisme Droite/Gauche-, je veux par contre assumer une polémique autour d’une vision contestable en matière d’aménagement du territoire nord-est aquitain.
Libourne s’enorgueillie d’être une ville-centre, c’est-à-dire une ville de 21 000 habitants qui offre des services à un bassin de vie de plus de 80 000 habitants. L’offre culturelle fait partie de ces services et il m’apparaît ni acceptable ni juste que l’Etat, dans son rôle d’organisateur de l’aménagement du territoire culturel, ne juge pas utile de prendre sa part d’effort à la réalisation de ce théâtre – le seul entre Bordeaux et Bergerac ou entre Bordeaux et Périgueux. La charge d’environ 4 millions d’euros, sera supportée à 90 % par les seuls contribuables libournais, le Conseil Général et le Conseil Régional étant intervenus malgré la déficience de l’Etat. Mais, je le redis, cette absence de subvention étatique n’est certainement pas due à des considérations politiques. Je dirais presque malheureusement… Non, le mal est plus profond. Il se détermine bien sûr par une conception de territoires souvent centripète vers les grandes agglomérations, en l’occurrence la conurbation bordelaise, mais aussi dans ce cas précis, par une faiblesse chronique du Libournais à pouvoir organiser sa défense face à cette vision centralisatrice.
En résumé, on peut dire que : Vu des bureaux parisiens : Libourne, c’est Bordeaux ! Et vu de Bordeaux : Libourne, c’est au mieux une banlieue chic, au pire un territoire de vignes et de quelques vignerons.
Alors, quand dans le même temps, les élus du Libournais rechignent à dépasser leurs craintes, parfois légitimes, parfois égoïstes, pour s’engager vraiment dans la construction d’une intercommunalité ambitieuse - une communauté d’agglomération par exemple-, on peut être inquiets … Car la ville de Libourne ne pourra pas résister seule bien longtemps aux tropismes naturels qui attirent inéluctablement Libourne vers la C.U.B, les finances de la ville ne le permettront pas… Le choix nous est encore permis; celui de vouloir ou non déterminer le sens du développement du Libournais, de vouloir influer sur le destin de ce territoire et ne pas jouer indéfiniment Lunes de miel ; vivre ensemble ou vivre séparés ?


