Par-delà les raccourcis médiatiques, voilà ce qui est écrit sur le libéralisme, dans le livre de Bertrand DELANOË, De l’audace !, p. 43 à 45 :
« Tenez-vous un discours social-libéral ?
Non, je ne suis pas social-libéral : je n’adhère pas à ce que représente ce courant de pensée. Mais je vous le dis tout net : je ne réfute pas mécaniquement ce vocable, "libéral". Et quand il s’applique à une doctrine politique, au sens global, je crois même qu’un militant socialiste devrait le revendiquer. En revanche, ce qui est inacceptable pour un progressiste, c’est de hisser le "libéralisme" au rang de fondement économique et même sociétal, avec ses corollaires : désengagement de l’État et laisser-faire économique et commercial. Il est donc temps que nous cessions de nous acharner sur un mot, et que nous tournions le dos à cette triste époque de notre histoire collective, qui a vu une grande partie de la gauche française rejeter une constitution européenne au motif qu’elle aurait été "libérale". C’est d’autant plus absurde – et croyez bien que je ne suis pas inspiré par le goût du paradoxe, mais par celui de la vérité – que la gauche que je défends est par essence libérale. Quant au sarkozysme, ce bonapartisme modéré par la désinvolture – mais nous y reviendrons –, il est profondément antilibéral. Je le dis et je tente de le prouver. Qu’est-ce que le libéralisme ? C’est une doctrine d’affranchissement de l’homme, née dans l’Europe des Lumières. C’est, comme son nom l’indique, une idéologie de la liberté, qui a permis l’accomplissement de grandes conquêtes politiques et sociales. Le principe en est simple : il n’y a pas d’oppression juste, il n’y a pas de chaîne qui ne doive être brisée, il n’y a pas de légitimité, ni donc de fatalité, à la servitude. Et le libéralisme, c’est dans le même temps l’idée que la liberté est une responsabilité, qu’être libre ce n’est pas faire ce que l’on veut mais vouloir ce que l’on fait. Au nom de cet héritage intellectuel- là, celui de Montesquieu, de John Locke, au nom de ceux qui ont su se dresser contre le confort mortel de l’habitude pour dire non, je suis libéral. Je suis libéral parce que j’aime la liberté. Pour moi-même : j’ai toujours voulu être un homme libre de toutes les puissances et de toutes les dominations. Et pour les autres : j’aime les peuples libres qui défient la rigueur de l’histoire, j’aime que, collectivement, s’exprime le désir d’avancer fièrement dans la voie que l’on s’est souverainement tracée. Et ce que je dis des peuples vaut pour les personnes. Chaque individu a droit au bonheur, et il a le droit de le rechercher par les moyens qu’il souhaite. Avec une seule limite, celle de l’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme, qui définit l’idée que je me fais du libéralisme : "(...) l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits." Le libéralisme est donc d’abord une philosophie politique et j’y adhère. Ce sont les conservateurs qui l’ont dévoyé au service d’une idéologie du laisser faire économique et de la perpétuation des rentes et des privilèges dont ils bénéficient déjà. Au nom d’un principe de liberté, leur dessein est en réalité celui de l’immobilisme, qui prolonge leurs avantages et reproduit toujours les mêmes inégalités. C’est une supercherie à la fois intellectuelle et idéologique, dont la gauche ne doit pas, ne doit plus, s’accommoder. Je suis donc libéral ET socialiste. »
Pour information, d’autres socialistes se sont déjà exprimés dans le même sens sur le libéralisme politique.
Ainsi, on peut se reporter à l’intervention de Henri Weber lors du forum national « les socialistes et le marché » du 15 décembre 2007 (disponible sur le site www.reconstruirelagauche.fr) :
Extrait :
« Il faut distinguer entre le libéralisme politique, le libéralisme culturel et le libéralisme économique. La droite nous dit que ces trois modules forment un bloc et qu'ils ne peuvent pas être dissociés. En réalité, dans la plupart des pays, ils sont bel et bien dissociés. Le Chili de Pinochet était ultra libéral sur le plan économique, ultra dictatorial sur le plan politique, et ultra réactionnaire sur le plan culturel. La Suède social-démocrate est libérale sur le plan politique, permissive sur le plan des mœurs ; elle n'est pas libérale, mais social démocrate sur le plan économique. »
De même, Ségolène Royal, dans son livre paru en 2007, Maintenant, p. 181-182, au chapitre « libéralisme », écrit :
« Nous socialistes, nous sommes des libéraux au sens du libéralisme politique originel car nous sommes ardemment attachés aux libertés individuelles et démocratiques, à la liberté de pensée, d’expression, d’aller et de venir, d’entreprendre, de voter, de mener sa vie, etc. Nous tenons à ces libertés parce que, sans elles, l’air devient vite irrespirable et la société se fige, mais aussi parce que nous les considérons comme nécessaires au combat pour la justice sociale. […] Donc, pas question de jeter l’opprobre sur le mot lui-même et, ce faisant, de jeter par-dessus bord cette part de mémoire révolutionnaire à laquelle, dans l’histoire, le concept politique de libéralisme est attaché. »
Plus récemment encore, dans une interview au journal Le Point du 27 mars 2008, Ségolène Royal répondait à une question sur le socialisme et le libéralisme :
Le grand débat n’est-il pas aujourd’hui entre le socialisme et le libéralisme ?
De quel libéralisme parlez-vous ? Si c’est du libéralisme politique, il est depuis l’origine indissociable du socialisme démocratique. (…)
Plus loin, elle ajoutait :
« les véritables héritiers de la belle tradition du libéralisme politique, qui est au fond l’autre nom de la démocratie, ce sont tous ceux, à gauche mais pas uniquement, qui savent combien les libertés politiques sont fragiles si l’on fait l’impasse sur les inégalités sociales. »


