
Lorsqu’en avril 2004, Alain Rousset propose de me confier la délégation des Trains Express Régionaux ( les fameux « T.E .R » ) au sein de l’assemblée du Conseil Régional d’Aquitaine, je comprends que c’est une délégation très importante budgétairement parlant, mais j’en ai une vision plus austère que « sexy ». Pour moi, le TER conserve l’image vieillotte d’un tortillard ou d’une micheline ( pour l’anecdote, ce nom provient des pneus Michelin puisque, dans les années 1930/1940, certains autorails ont été montés sur des pneumatiques spécialement conçus par cette entreprise), d’un train inconfortable, mal-odorant, au skaï poisseux. Bref, un moyen de transport peu ragoûtant que j’identifie mal à une politique régionale généralement plus tournée vers les technologies high-tech .
Or, depuis le 1er janvier 2002, les Conseils Régionaux sont devenus les autorités organisatrices du transport ferroviaire d’intérêt régional ; et il me faut avouer, après deux années de suivi de ce dossier au quotidien, que ce transfert de compétence de l’Etat vers les Régions est incontestablement l’une des initiatives les plus positives en matière de décentralisation depuis celles initiées par les Loi Defferre de 1982. En effet, la gestion de proximité des problématiques des dessertes ferroviaires a non seulement autorisée un ancrage de l’institution régionale dans le quotidien des français, mais elle a surtout permis une véritable relance du service public des TER dans toutes les régions.
En outre, le budget des TER pour la Région Aquitaine dépassant les 100 millions d’euros par an, est le second poste budgétaire de la collectivité, juste derrière les équipements scolaires ( les lycées notamment).
Vu comme telle, cette délégation bénéficie alors d’un attrait bien singulier et cette attribution plus qu’honorable pour le jeune élu que je suis. Sous la gouverne du 1er vice-président chargé des infrastructures, Jean-Louis Carrère, j’ai donc mission de conduire la mise en œuvre d’un plan de développement des dessertes TER en Aquitaine qui vise à moderniser les rames et à accroître le nombre de trains de 20 % sur la région, en 5 ans.
C’est ainsi, par exemple, qu’il existe désormais, depuis décembre dernier, 32 allers-retours quotidiens entre Libourne et Bordeaux ainsi qu’une meilleure desserte de la ligne Bordeaux-Bergerac-Sarlat, ligne qui était pourtant menacée de fermeture (surtout entre Bergerac et Sarlat) voici peu de temps encore.
Cette décentralisation a donc donné un coup de fouet salutaire au transport ferroviaire et nous commençons à mesurer aujourd’hui un réel phénomène de report modal de la voiture vers le rail pour les trajets quotidiens domicile/travail ( + 10 % d’usagers en 2005 sur les TER Aquitaine).
Mais beaucoup d’efforts seront encore nécessaires pour parfaire le réseau aquitain. J’en veux pour preuve, à titre d’exemple, les témoignages désolants tenus lors d’une réunion d’usagers de la ligne Bordeaux/Le Verdon à laquelle j’assistais jeudi dernier, dans le Médoc. Voilà l’exemple même d’une ligne absolument sinistrée sur un territoire qui devrait pourtant bénéficier d’une attention particulière au regard de la dangerosité de ses infrastructures routières. Constater qu’il faut actuellement plus de temps en train qu’en voiture pour relier Lesparre à l’agglomération bordelaise, c’est déjà une ineptie. Mais apprendre que le temps de parcours est plus long aujourd’hui qu’au début du siècle dernier, on est assez éloigné de la notion de service public de qualité. La décentralisation doit aujourd’hui permettre de palier à ces manquements grâce, bien sûr, à l’ implication locale et directe des élus-décideurs. C’est l’enjeux du challenge qui m’est en partie confié par Alain Rousset. Celui de redonner du sens et de la teneur à l’aménagement ferroviaire du territoire aquitain.
Mais l’Etat doit aussi donner des moyens largement plus conséquents aux Régions pour leur permettre de structurer et de développer efficacement le réseau des lignes dites secondaires, c’est-à-dire celles qui irriguent au plus près les bassins de vie de nos territoires. Aujourd’hui la SNCF annonce des bénéfices records ( plus d’1 milliards d’euros). Ce chiffre est une bonne nouvelle pour le désendettement de l’entreprise. Mais il reste à démontrer que ces bénéfices n’illustrent pas une politique gouvernementale en matière ferroviaire uniquement concentrée sur la rentabilité des dessertes TGV.
téléchargez la lettre signée par Gilbert Mitterrand, Alain Rousset, Philippe Madrelle et Yves Ratel concernant la défaillance de l'Etat suite à la
fermeture de l'Ecole de Sous Officier de Gendarmerie : http://www.ville-libourne.fr/fileadmin/utilisateurs/Redacteur/documents/Lettre_au_Prefet_2_juillet_2009.pdf
En ce qui concerne les bénéfices "records" de la SNCF, ils sont en grande partie dûs, malheureusement, à la suppression des personnels(rentabilité oblige)qui entraîne la desertification des gares et leur insécurité (tags des murs et des trains qui coûtent très chers en nettoyage,sabotage des installations de sécurité des circulations).Sur ces critères de rentabilité, la SNCF a voulu faire cautionner ses personnels en leur proposant un intéressement "bidon" heureusement dénoncé, en son état, par les organisations syndicales majoritaires, et malheureusement approuvé par quelques organisations coutumières des cautionnements patronaux.
Mais les résultats pourraient être encore meilleurs si la SNCF savait mettre des trains en marche à la dernière minute pour permettre aux usagers de voyager quand tous les trains réguliers prévus sont complets,comme cela s'est produit dimanche soir à la gare Montparnasse, suite ua match de rugby, et sans doute dans d'autres gares, plutôt que de faire défiler un superbe panneau lumineux expliquant le problème sans le résoudre.
Et les bénéfices seraient plus importants encore si les contrôleurs pouvaient vérifier les titres de tranport combinés présentés par les travailleurs dans les TER d'Aquitaine,alors qu'aucun moyen informatique n'est mis à leur disposition !!!.
Enfin il y aurait encore plus de bénéfices si la SNCF ne créait pas des postes de cadres (donc à hauts salaires),dans tous ses services, alors qu'elle diminue les postes des personnels d'exécution.Il y a quelques temps, il y avait 1 maîtrise ou cadre pour 2,7 agents d'exécution !!. A titre d'exemple, dans mon service, en 1973, il y avait 2 cadres, une dizaine de maîtrises et 500 exécutions. Aujourd'hui, il y a + de 20 cadres, environ 100 maîtrises, et toujours 500 exécutions aprés rattachement des services des gares de LaRochelle, Poitiers et Périgueux.
Usagère régulière de ce transport depuis plusieurs années je reconnais que la multiplication du passage des trains a rendu ce transport plus pratique, et que les nouveaux trains sont particulièrement confortables. En revanche je note aujourd'hui que rares sont les trains qui arrivent en garre à l'heure précise, les horaires fournis comportent des erreurs incroyables, de plus en plus nombreux sont les trains annulés et pire encore, la dernière retarification applique des tarifs 25% plus chers aux heures d'embauche et de débauche, aussi nous ne trouvons plus de guichets automatiques en garre de Bordeaux.
Au moins, ce que vous qualifiez de"micheline ou trotillard peu ragoûtant" méritait il y a encore peu de temps le titre de service public de qualité.
Alors devons-nous aujourd'hui arriver avec 20 minutes d'avance en garre pour acheter un titre de transport (temps moyen d'attente au guichet de la garre de bordeaux) avec notre monnaie et peut être en prévoir 10 de plus en cas que le train passe en avance et tampis pour les retards! Devons-nous demander la veille au guichet si les horaires fournis sont bien exacts? Et enfin peut-être devrions-nous changer nos horaires normaux de travail afin de ne pas avoir à nous ruiner en allant travailler?
Pour les personnes prenant le train une fois tous les 3 mois comme vous certainement, ces choses là sont peut être un détail mais il me semble bien que les premiers usagers de ce que l'on ose appeler un service public sont les travailleurs, les usagers réguliers! Les gens qui préfèrent à un train quasi luxueux un train qui part à l'heure et qui ne soit pas annulé tous les quatre matins: un moyen de transport fiable qui ne les oblige pas à s'excuser régulièrement de leur retard auprès de leurs partons.
Et pour finir, il me semble que les bénéfices des services publics ne sont pas monétaires, ils sont sociaux! le service public n'a pas vocation d'être rentable, il accompagne les citoyens quotidiennement. Sinon à quoi sert notre système de santé pour tous par exemple?
Je regrette aujourd'hui amèrement d'avoir donné ma voie électorale à un candidat et une équipe dite "de gauche" à qui ces valeurs sociales élémentaires échappe!
Je paye actuellement 13,90€ par jour avec ma carte de réduction qui m'a coûté 49€ pour aller travailler ce qui représente 30% de mon revenu journalier. Je dois m'excuser régulièrement de mes retards auprès de mon patron, et aujoud'hui, je me suis pressée pour prendre mon dernier train de la semaine et dernier train de la période bleue mais il est passé avec 4 minutes d'avance , je n'ai pas réussi à l'avoir, j'ai donc du payer 25% de plus pour attendre le suivant...
Alors donc, Monsieur le Délégué au développement des dessertes TER aquitaine, pouvez-vous me donner votre avis et des réponses à ces problèmes que rencontrent grand nombre des usagers de notre précieux train
régional?
Merci d'avance.
Marine M.
je prends le TER Aquitaine sur la ligne de Bergerac depuis 8 ans maintenant et pourrais sans doute vous écrire un livre sur les pannes, retards et défauts d'information en tous genres, mais ce blog n'est pas un défouloir.
Savez-vous, si je puis me permettre de vous répondre, qu'il existe des abonnements Travail: ISY ou MODALIS, le 1er (train uniquement) étant prélevé tous les mois sur votre compte vous n'avez plus besoin d'aller au guichet, le second (train + tram) est valable un mois.
Ces 2 titres de transport doivent être pris en charge par votre employeur à hauteur de 50 % depuis le début de l'année 2009.