Ca y est, c’est fait. Après 5 mois de poker-menteur, l’indien Mittal-Steel et le français Arcelor ne forment plus qu’un seul géant producteur d’acier. La logique financière a vaincu sans trop de combats le patriotisme économique dont se targuait pourtant jusqu’au début du mois de juin notre Gouvernement. Les 27000 salariés français d’Arcelor sont plongés dans l’expectative la plus fébrile quand quelques centaines d’actionnaires de cette entreprise sont au contraire aux anges puisqu’ils ont gagné en quelques jours plus de dividendes qu’ils n’auraient pu en espérer. Faut-il rappeler en effet que cette OPA déclarée initialement hostile par Arcelor et le Gouvernement est devenue amicale dès lors que Mittal-Steel a renchérit son offre d’achat des actions de plus de 10%, désinhibant ainsi les réticences faussement éhontées des « patriotes » mais capitalistes avant tout, sans que par ailleurs ces mêmes actionnaires ou gouvernants n’aient eu à connaître le projet industriel motivé par cette fusion. Sauf à ce que celle-ci donne naissance à un mastodonte qui dictera sa loi sur le marché mondial de l’acier avec les conséquences incertaines en matières économiques et industrielles qui en découleront, comme il est à craindre des décentralisations ou des fermetures de sites. C’est à ce type de dérive que le projet socialiste devra répondre en permettant que l’Etat français puisse désormais s’opposer à une OPA dès lors qu’elle met en jeu des intérêts industriels nationaux majeurs.
Sans lien direct mais dans le même secteur d’activité, une entreprise historique du Libournais, implantée à Vérac, traverse elle aussi de très graves turbulences. Il s’agit des Fonderies du Bêlier, équipementier spécialisé dans la fabrication de composants de sécurité moulés en aluminium pour l'automobile. Cotée en bourse depuis 1999, cette société s’est largement internationalisée au cours des dernières années, comptant 3000 salariés dans 6 pays différents ( France, Hongrie, Italie, Serbie, Chine et Mexique). Jusqu’à peu, sa santé était florissante, son chiffre d’affaires progressait de 5,6% en 2004 et son résultat net de près de… 27%. Pourtant, dans le même temps, la société-mère de Vérac a vu fondre ses effectifs de 750 en 2004 à 250 à la fin 2006, c’est-à-dire à l’issue d’un énième plan social. Voilà là encore un bel exemple d’effets combinés d’une gouvernance industrielle semblant répondre uniquement à la logique des marchés boursiers, qui plus est sur un terreau de querelles familiales, sans véritable projet industriel affirmé pour sauver cette partie importante du patrimoine économique girondin.
Comble d’infortune pour les salariés, le démantèlement de ce fleuron de l’industrie locale paraît se dérouler sans coup férir, dans l’indifférence sereine des pouvoirs publics. Seuls le Conseil Général de la Gironde, le Conseil Régional d’Aquitaine et la Communauté de Communes du Fronsadais ont tenté des initiatives d’approche auprès de la direction afin de mieux comprendre les perspectives stratégiques et économiques de cette holding internationale afin d’évaluer les démarches de sauvegardes et de revitalisation à mettre en œuvre pour sauver ce site industriel. Démarches aujourd’hui infructueuses car restées lettres-mortes…
Devant cette atonie, j’ai donc reçu à nouveau une délégation syndicale des fonderies cette semaine, en présence de Michel Frouin, Conseiller Général du canton de Fronsac. Il faut l’avouer, les élus locaux que nous sommes sont bien désarmés face à l’opacité qui semble entourer les intentions du groupe du Bélier dont certains craignent qu’elles soient plus guidées par une politique du profit des actionnaires à court terme que par la structuration d’un réel plan à long terme. Et les premières victimes de ce manque de visibilité sont en général toujours les salariés, qui ont le choix cynique entre le licenciement ou la précarisation.
Nous avons sollicité en urgence une rencontre auprès de Mr le Préfet, qui pourrait réunir autour d’une même table les services de l’Etat et les autres partenaires institutionnels, tout en ayant conscience que nos possibilités d’interventions respectives sont, en l’état de la législation, extrêmement restreintes, si ce n’est veiller a minima au respect de la légalité des procédures en cours.
Mais, dépassant le cas spécifique de la Fonderie du bélier, l’enjeu est aussi de mettre une nouvelle fois en exergue cette profonde injustice qui consiste à assister démuni à une différence de traitement abyssale entre des actionnaires susceptibles d’engranger des dividendes substantiels et des salariés qui paient au prix fort l’addition de ces distributions, espérant, au mieux, conserver leur emploi dans des conditions toujours plus précaires. C’est aujourd’hui une question de fond qui se pose. On ne pourra pas indéfiniment discuter d’augmentations homéopathiques du SMIC lorsque, dans le même temps, il n’y a absolument aucune contrainte et très peu de transparence sur la rémunération des dirigeants de certaines sociétés.



Dans nombre d'études d'universitaires, la fatalité l'emporte sur la détermination, la volonté. Adaptons-nous, nous dit-on, participons à cette concurrence acharnée, diminuons le " poids" ( sic) de nos prélévements obligatoires. L'impôt est devenu lourd, pesant à nos entreprises confrontées quotidiennement à la compétition internationale. Notre système de santé manque de 2,5 milliards d'euros pour faire face aux nouveaux besoins de santé mais qu'importe, la survie de nos entreprises sont en jeu, alors baissons de 6,6 milliards d'euros l'impôt sur le revenu ( merci M. Jospin ), diminuons la taxe professionnelle de 2 milliards d'euros ( merci M. Chirac), supprimons la surtaxe de l'IS...
A la radio, j'écoutais un chroniqueur dire " les nations sont plus que jamais en concurrence". Supposons que notre nation existe toujours. La nation, c'est une volonté de vivre ensemble renouvellée en permanence. La question qui se pose, la nation n'est-elle pas en voie de disparition lorsque par exemple 18% des enfants de moins de 18 ans vivent dans un ménage dont le revenu est inférieur à 60% du revenu médian.
Si, Monsieur le conseiller régional, vous êtes capable de vous poser en défenseur du pacte républicain, alors je serai à vos côtés dans votre bataille contre cette droite qui n'a qu'à proposer régression, régression et désintégration sociale.
Je suis jeune, j'ai 18 ans et j'emprunterai cette citation de Baudelaire " Le mal se fait sans effort, naturellement par fatailité; le bien est toujours le produit d'un art".