Il y a un an, accompagné de Laure Manaudou, je visitais l’usine de fabrication de maillots de bain Arena située à Libourne. Laure venait d’être sacrée championne olympique et portait haut les couleurs de cette marque dans les bassins nautiques du monde entier. Arena, sponsor de la nageuse, communiquait alors sur cette aubaine et son chiffre d’affaire s’en portait plus que mieux.
Pourtant, patatra, la semaine dernière cette même entreprise annonçait à mots à peine couverts sa volonté de délocaliser sa production vers la Chine et supprimer de facto 169 emplois d’ouvrières textiles sur son site Libournais.
En un an, que s’est-il passé ? ……………… à peu près rien si ce n’est le rachat de l’entreprise par des fonds de pension italiens.
L’entreprise perd-elle de l’argent ? Non. Ses finances sont saines, merci.
L’entreprise gagne-t-elle moins d’argent que ses concurrents ? Oui, probablement et alors ?
Pour abonder la rentabilité à court terme de quelques fanatiques du capitalisme à tout crin, ces maillots seront fabriqués par des ouvriers, enfants notamment, sans protection sociale, payés à vil prix, puis seront rapatriés en France par des moyens de transports toujours plus polluants, pour être revendus au même prix qu’aujourd’hui aux nageurs européens. Moralité de l’histoire : 169 familles libournaises précarisées, des chinois(es) exploité(e)s, une pollution accrue, aucun gain pour le consommateur mais beaucoup pour les détenteurs-spéculateurs de fonds de pension.
Rien ne saurait justifier que la marche du Monde se satisfasse très longtemps des conséquences sociales et humaines de cette école de pensée ultra-libérale, qui veut bipolariser la planète entre un Sud exploité producteur « low-cost » et un Nord hyper-consommateur.
Dans ce genre de crise, il serait bien entendu fallacieux de faire croire que l’Etat va se substituer aux industriels. Mais quand la cohésion sociale et territoriale est touchée, la mobilisation des acteurs publics, au premier chef desquels on doit trouver le gouvernement, devient une impérieuse nécessité d’assistance.
Mais plus encore, la question d’un protectionnisme européen se pose à l’instar de celui pratiqué par les Etats-Unis pour limiter les importations concurrentes de leurs produits. De même, la taxation des transports des marchandises à l’échelle mondiale pour lutter efficacement contre l’effet de serre pourrait également défier ces délocalisations immorales.
Le cas d’Arena est symbolique de ces combats. La politique n’a de sens que si les lignes bougent pour compliquer, je ne dis pas interdire, ces opérations de déstructurations sociales.
Le capital n’est pas raisonnable. Le politique doit être son dompteur. Il faut montrer les crocs !


