« Que dit la loi ? Tu ne tueras pas ! Comment le dit-elle ? En tuant ! ».Cette proclamation est de Victor Hugo. Cette semaine, l'abolition de la peine de mort a été inscrite dans la Constitution française par le Parlement réuni en congrès à Versailles, par 828 voix contre 26. « Nous accomplissons le voeu de Victor Hugo en 1848, l'abolition pure, simple, irréversible », a déclaré Robert Badinter, qui avait présenté en 1981 le projet de loi sur l'abolition de la peine de mort. Le projet de loi constitutionnelle insère dans l'article 66 de la Constitution un premier alinéa qui stipule que « nul ne peut être condamné à la peine de mort ». Ainsi, la France devient le 45ème pays au monde à avoir inscrit l'abolition de la peine de mort dans sa Constitution, et le 16ème en Europe. La loi du Talion, celle qui exigeait que l'Etat punisse les infractions les plus graves de la peine la plus sévère est désormais reléguée aux antiquités d'un temps passé. Aujourd'hui, même si beaucoup reste à faire, d'autres moyens pénitentiaires sont possibles et offrent à nos jurys populaires des alternatives moins barbares et moins définitives..
Je me réjouis bien entendu de cette initiative du Président Chirac, abolitionniste de toujours, qui termine ainsi l'oeuvre initiée courageusement par François Mitterrand en 1981. Je m'en réjouis par conviction, une conviction forgée dès l'adolescence lors de la lecture du "pull-over rouge", une contre-enquête de Gilles Perrault sur l'affaire Ranucci, l'avant dernier guillotiné de France dont la culpabilité est toujours sujette à caution aujourd'hui, mais aussi après une analyse objective d'un constat, celui qui démontre, sans aucun contre-exemple dans le monde, que la criminalité n'est liée ni à l'existence ni à l'abolition de la peine de mort mais plutôt à des facteurs criminogènes sociétaux. Et s'il fallait quand même un seul exemple: Aux États-Unis, où la peine de mort est malheureusement largement appliquée dans certains états, le nombre de crimes dépasse largement celui d’autres pays où elle ne l’est pas, notamment en Europe Occidentale.
Alors oui, ce vote solennel, en congrès à Versailles, n'avait d'autre ambition que de sceller cette abolition dans le marbre de notre législation suprême. Tous les groupes parlementaires appelaient à voter ce texte dans un consensus républicain rassurant. Pourtant, par dogme et uniquement par dogme puisqu'il ne peut s'agir d'arguments sécuritaires, 23 parlementaires ont voté contre et 17 autres se sont abstenus. Parmi ces derniers abstentionnistes, nous retrouvons jean Paul Garraud, fidèle dans ses positionnements à la droite de la Droite.
L'ensemble de son oeuvre parlementaire, prochainement stoppée je l'espère, se forge dans ces prises de positions réactionnaires et fort heureusement ultra-minoritaires au sein même de l'UMP.
Lui le magistrat dont la fonction nécessite plus que pour quiconque l'apprentissage du doute, lui qui vice-présidait la commission parlementaire d'Outreau, lui, il n'est toujours pas convaincu de la pertinence d'abolir la peine capitale.. Comme si il n'y avait jamais d'erreurs judiciaires, comme s'il n'avait jamais lu le "pull-over rouge". Plus grave, comme si il eut voulu peut-être ne pas exclure d'avoir à connaître le frisson de requérir un jour cette peine de mort en tant que juge.


